Voici un chiffre qui surprend beaucoup de parents : entre 33 et 50 % des enfants présentent une déglutition atypique, aussi appelée poussée linguale. Autrement dit, un enfant sur trois à un sur deux avale d'une manière qui n'est pas optimale — et souvent, personne dans la famille ne le sait. Ce n'est pas une curiosité anecdotique : les conséquences peuvent toucher la parole, la dentition, la respiration, et même la croissance du visage.
Qu'est-ce que la déglutition atypique ?
Lorsque nous avalons correctement, la pointe de la langue vient appuyer sur la crête alvéolaire — cette zone juste derrière les incisives supérieures — et crée une pression vers le palais. C'est un geste précis, coordonné, qui mobilise une vingtaine de muscles en moins d'une seconde.
Dans la déglutition atypique, la langue pousse vers l'avant, parfois entre les dents, parfois contre elles, au lieu de s'appuyer sur le palais. Ce mouvement peut paraître minime — mais votre enfant avale environ 600 fois par jour. Multipliée par 600, une légère poussée linguale devient une force de pression considérable et constante sur les structures orales.
Les différents types de déglutition atypique
Les orthophonistes distinguent généralement deux grandes catégories :
- Déglutition linguale antérieure : la langue pousse vers l'avant, contre ou entre les incisives. C'est la forme la plus fréquente et souvent associée au zézaiement.
- Déglutition linguale postérieure : la langue s'engage vers les dents du fond, ce qui peut affecter l'occlusion dans les secteurs latéraux.
On distingue également la position de la langue au repos (est-elle basse, en avant ?) de sa position lors de la fonction (déglutition, succion). Les deux peuvent être problématiques indépendamment.
Quelles sont les conséquences ?
Sur la parole
La déglutition atypique est fréquemment associée au zézaiement — cette substitution du /s/ et /z/ par des sons proches produits avec la langue trop en avant. Certains enfants présentent également un sigmatisme latéral, où l'air s'échappe sur les côtés. Ces difficultés ne disparaissent généralement pas « d'elles-mêmes » si la position linguale de base n'est pas corrigée.
Sur la dentition
La pression répétée de la langue sur les dents est associée à la béance dentaire (open bite), c'est-à-dire un espace entre les dents du haut et du bas lorsque la mâchoire est fermée. Elle favorise également la protrusion des incisives supérieures. Ces problèmes orthodontiques peuvent nécessiter un traitement prolongé — et s'ils ne sont pas accompagnés d'une rééducation de la déglutition, les risques de récidive après l'appareil dentaire sont élevés.
Bonne nouvelle pour les parents français : De plus en plus d'orthodontistes en France adressent leurs patients à un orthophoniste avant de commencer un traitement orthodontique. Cette approche intégrée, qui combine rééducation myofonctionnelle et correction mécanique, donne de bien meilleurs résultats à long terme. Si votre orthodontiste vous suggère cette démarche, suivez son conseil.
Sur la respiration
La langue qui repose bas dans la bouche (hypotonicité linguale) est souvent associée à la respiration buccale. Or respirer par la bouche plutôt que par le nez a des conséquences sur la qualité du sommeil, les défenses immunitaires et — encore — le développement des mâchoires.
Idées reçues et réalité
Idée reçue
« La poussée linguale, c'est juste esthétique. »
Réalité
Elle affecte la parole, la dentition, la respiration et la croissance craniofaciale.
Idée reçue
« Mon enfant va s'en débarrasser tout seul en grandissant. »
Réalité
Sans intervention ciblée, la déglutition atypique persiste à l'âge adulte dans la très grande majorité des cas.
Idée reçue
« L'appareil dentaire suffit à régler le problème. »
Réalité
Sans rééducation de la déglutition, le risque de récidive après traitement orthodontique est très élevé.
Idée reçue
« C'est trop tôt à 4 ans pour s'en occuper. »
Réalité
La rééducation formelle est rarement recommandée avant 5 ans (elle exige une capacité d'auto-surveillance), mais des exercices préparatoires peuvent commencer plus tôt.
Comment repérer une déglutition atypique à la maison ?
Un test simple : donnez à votre enfant un verre d'eau et observez-le boire. Notez :
- Ses lèvres se crispent-elles ou grimacent-elles lors de la déglutition ? (signe d'une compensation musculaire)
- Voyez-vous sa langue pointer entre ses dents ou contre ses lèvres ?
- Sa mâchoire avance-t-elle légèrement au moment d'avaler ?
Si vous observez l'un de ces signes régulièrement, il vaut la peine d'en parler à votre pédiatre ou directement à un orthophoniste.
Le traitement : rééducation myofonctionnelle
La prise en charge de la déglutition atypique relève de la thérapie myofonctionnelle orofaciale, une spécialité orthophonique qui travaille les muscles de la bouche, de la langue et du visage. Elle est généralement recommandée à partir de 5 ans, âge auquel l'enfant peut observer et contrôler consciemment ses gestes. La fenêtre idéale se situe entre 5 et 12 ans.
Le traitement combine exercices de tonification linguale, apprentissage de la position correcte de la langue au repos, et rééducation progressive de l'acte de déglutition. Les résultats sont d'autant meilleurs que la pratique quotidienne à domicile est régulière — car c'est en répétant le bon geste des centaines de fois que le nouveau schéma moteur s'installe durablement.
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